Défense de thèse d'Idrissou Mounpe Chare
Défense de thèse
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Places Orateurs 3
4000 Liège
La Faculté des Sciences Sociales a le plaisir de vous inviter à la soutenance de thèse de Monsieur Idrissou Mounpe Chare en vue de l'obtention du Doctorat en Sciences politiques et sociales.
La thèse s'intitule :
Enjeux sociaux, économiques et environnementaux de la production des briques de terre cuite en zone soudano-sahélienne camerounaise : entre logiques d’acteurs et défis de l’écoconstruction
Résumé
Cette recherche met en lumière la contribution des briques cuites aux conditions d’existence des populations de la zone soudano-sahélienne camerounaise, dans un contexte général marqué par l’accès limité au logement décent. Malgré la création de la mission de promotion des matériaux locaux (MIPROMALO) depuis 1990, ainsi que tous les gisements de ressources argileuses et latéritiques dont regorge le pays, et plus spécifiquement le Nord-Cameroun, le déficit annuel de logements urbains se chiffre en centaines de milliers d’unités (200 000/an). Il est estimé à plus de 2,5 millions d’unités à combler en milieu urbain. Cette réalité urbaine n’épargne pas le milieu rural abritant plus de 40 % de la population camerounaise, où la question se pose également avec une certaine acuité. Or, ni la politique du logement social, ni la MIPROMALO créée pour faciliter l’accès au logement, n’ont pu également résorber le déficit en milieu rural. Pourtant l’accès au logement qui est largement tributaire de celui des matériaux de construction, est limité par la cherté et la spéculation sur le prix des matériaux tels que le ciment ou le fer.
Ainsi, face à la faiblesse de l’action publique, chaque territoire essaie de « compter sur ses forces » pour loger ses populations. C’est dans ce contexte que la brique de terre cuite se popularise à une vitesse préoccupante dans la zone soudano-sahélienne. La montée en puissance de matériau observée à Yagoua et à Pitoa, tient à certains déterminants socio-économiques importants. Par une approche socio-ethnographique privilégiant une démarche inductive, la thèse montre que la brique de terre cuite remplit d’énormes fonctions sociales à travers des pratiques d’autoconstruction et d’hybridation architecturale. En plus d’être devenue un étalon de différenciation sociale alimentant le paradoxe riche/pauvre, elle accompagne les processus de décohabitation parentale et de socialisation, participe également à la reconfiguration des solidarités communautaires. En outre, les ressources issues de sa vente facilitent l’accès à certains services sociaux de base (santé, scolarisation, etc.) contribuant ainsi à la subsistance de certains ménages. Sur le plan économique, elle constitue une filière d’accès rapide aux emplois et structure une économie locale non négligeable au regard de sa chaîne de valeur. À travers les réinvestissements, la production des briques cuites sert de socle à certains ménages, pour rebondir dans d’autres activités comme le petit commerce, le taxi-moto, etc.
Cependant, sa production est écologiquement questionnable, car elle demeure gourmande en consommation de bois et s’accompagne de la dégradation des sols et écosystèmes. Cette réalité crée des tensions entre une production socialement et économiquement nécessaire et, les enjeux de protection environnementale. Sa confrontation aux enjeux de développement durable révèle trois zones de tensions traduites par l’inconfort de la modernité, le stigmate du matériau et le piège de la survie. Elle entretient ainsi des rapports ambivalents avec les objectifs de développement durable (ODD) d’où la nécessité, de lui trouver des alternatives éco-responsables à l’instar de la brique stabilisée à la chaux. Mais au regard des tensions entre ces trois piliers des ODD, aucune alternative ne pourrait s’imposer par ses performances techniques ou sa portée écologique uniquement. L’alternative étant encore fondée sur la terre, la thèse prône en définitive une durabilité négociée ou concertée, rythmée par la resymbolisation des matériaux terre et privilégiant une approche “bottom-up”.
Jury
- Pr. Nathalie Fagel (Présidente), Université de Liège
- Pr. Jean-Pierre Olivier de Sardan (membre externe), CNRS et LASDEL
- Pr. Pierre Ginet (membre externe), Université de Lorraine
- Pr. Marc Poncelet (membre du comité de thèse), Université de Liège
- Pr. Honoré Mimche (membre du comité de thèse), Université de Yaoundé II
- Pr. Ibrahim Bienvenu Moungbakou Mouliom (Co-promoteur), Université de Maroua
- Pr. Gautier Pirotte (Co-promoteur), Université de Liège
